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Ghana: les syndicats de l’éducation donnent un « carton rouge » au gouvernement en raison des projets de privatisation de l’enseignement public

Les syndicats de l'éducation ont clairement indiqué qu'ils résisteront à toute tentative du gouvernement ghanéen de privatiser et de commercialiser l'enseignement public dans leur pays ou de la reléguer au rang de marchandise.

 

Les principaux·ales dirigeant·e·s des syndicats de l’éducation au Ghana se sont tou·te·s et tous opposé·e·s à la décision du gouvernement de confier plus de 100 écoles publiques opérationnelles à des particuliers ainsi qu'à des groupes privés. Les autorités prévoient de mener un projet pilote financé par un prêt et une subvention dans le cadre du partenariat Ghana Partnerships Schools (GPS). Les syndicats maintiennent qu'un tel changement n'est ni souhaitable, ni durable.

David Ofori Acheampong, Secrétaire général de la Ghana National Association of Teachers (GNAT), Eric Angel Carbonu, Président de la National Association of Graduate Teachers (NAGRAT), et Peter K. Lumor, Président national du Teachers and Educational Workers Union (TEWU), trois organisations membres de l'Internationale de l'Education, ont tenu une conférence de presse le 26 février à Accra. King Ali Awudu, Président de la Coalition of Concerned Teachers-Ghana (CCT-GH), s’est joint à eux.

Le porte-parole des syndicats d'enseignants, Acheampong, a appelé le gouvernement à fournir des ressources adéquates et à accorder la subvention par étudiant·e à temps pour une gestion efficace des écoles.

Le gouvernement tente de privatiser l'éducation

 Acheampong a expliqué que, selon l'exposé budgétaire de 2019, le gouvernement avait obtenu un financement pour soutenir les opérateurs privés plutôt que les écoles publiques.

Il a souligné « qu'un aspect de cette politique [habilitait] l'opérateur privé à décider de travailler ou non avec le personnel du Ghana Education Service (GES), une institution publique chargée de veiller à ce que les enfants ghanéens en âge d’aller à l’école reçoivent un enseignement formel de qualité assuré par un personnel enseignant. Dans le cadre de ce projet, les membres du personnel du GES des écoles sélectionnées seront transférés sans recevoir de subventions de transfert, et les directeurs et directrices d'école ne seront pas automatiquement gardés par les opérateurs privés, ces derniers ayant la liberté d'employer des personnes extérieures au GES pour gérer les écoles. »

Acheampong a déclaré que « [c'était] contraire à ce que prévoient nos conventions collectives avec le GES ainsi qu'à la Loi sur la réglementation du travail de 2003 (Loi 651) ».

Il a poursuivi en rappelant au gouvernement le préambule des conventions collectives, qui imposait aux parties de ne pas s'opposer aux syndicats ni à la direction des établissements scolaires, mais plutôt de reconnaître et d'accepter de promouvoir la confiance, le respect et l'équité, et de faire en sorte que leurs politiques et normes respectent ces valeurs.

Les syndicats de l'éducation ne sont pas consultés à propos des politiques

Selon Acheampong, le projet est censé durer trois ans, après quoi il pourrait devenir permanent.

Acheampong a également indiqué que le ministère de l'Education et les consultant·e·s de l'ARK, un consortium international collaborant à la mise en œuvre du projet, avaient récemment organisé un atelier de trois jours pour finaliser le rapport sur l'organisation du projet. Il a regretté que « dans toutes ces discussions, des acteurs majeurs tels que la GNAT, la NAGRAT, le TEWU et la CCT-GH n'aient pas été impliqués dans le processus de planification du projet », et a qualifié cette situation de « malheureuse et inacceptable ».

« Les syndicats trouvent que le projet GPS s’apparente à une privatisation, une commercialisation et une marchandisation subtiles et potentielles de l'enseignement public au Ghana, et ce, avec l’accord du gouvernement. Nous sommes étonnés que le gouvernement se vante de mettre en œuvre une politique en faveur de la gratuité de l'enseignement secondaire, pour ensuite se tourner vers une politique du plus offrant au niveau de l'éducation de base. Nous protestons avec véhémence contre cette politique et demandons son abolition. »

« Nous allons rassembler toutes nos forces pour empêcher sa mise en œuvre », a affirmé Acheampong.

Il a en outre émis de vives critiques envers le gouvernement, les syndicats n'ayant pas encore reçu de communication officielle à propos du GPS. C'est « en lisant l'énoncé budgétaire de 2019 que nous avons découvert que cette politique sera mise en œuvre ».

Le dirigeant du NAGRAT, Carbonu, a convenu que « cette décision était une tentative de prendre le contrôle des écoles publiques et de les confier à des particuliers », la qualifiant de « menace non seulement pour les enseignants de l’enseignement primaire, mais aussi pour ceux de l'enseignement secondaire ».

« Nous n'allons pas céder de terrain sur cette question. Aujourd'hui c'est Akua, demain ce sera Kofi. C'est une affaire qui nous touche et nous sommes résolus à ne pas laisser les choses se passer comme ça », a-t-il déclaré.

Lumor, le Président du TEWU, a également appelé les Ghanéen·ne·s à s'opposer à la mise en œuvre du GPS. Et d'ajouter: « Ce que le gouvernement fait n'est pas seulement une attaque contre les syndicats de l'éducation, c'est aussi une attaque contre les travailleurs et travailleuses de ce pays. »

Contexte

Le GPS, qui sera normalement mis en place en septembre 2019, sera utilisé dans les régions d'Ashanti, du Nord, du Centre et du Grand Accra. Cent écoles seront sélectionnées. Ces écoles doivent avoir une section maternelle, primaire et secondaire, compter au moins 300 étudiant·e·s inscrit·e·s, et disposer d'infrastructures ne devant pas subir de travaux de développement ou de restructuration immédiats.

Le financement du projet proviendra respectivement de l'Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale et du Partenariat mondial pour l'éducation (GPE), sous forme de prêt et de don.